Le 8 septembre prochain, François Bayrou viendra devant l’Assemblée nationale pour demander la confiance. Ce sera la première fois depuis cinq ans qu’un Premier ministre issu de la majorité macroniste se soumet à ce mécanisme essentiel du régime parlementaire. Nous ne pouvons que saluer le retour à cette pratique, prévue par l’article 49 alinéa 1 de la Constitution, qui permet à la représentation nationale de se prononcer clairement. Mais saluer la procédure ne signifie pas accorder la confiance.
Car la confiance ne se donne pas par habitude ni par réflexe institutionnel. Elle doit être fondée sur un projet juste et cohérent. Or, ce que propose Bayrou n’est ni juste ni cohérent : c’est une politique d’austérité brutale, qui sacrifie les classes populaires et moyennes tout en protégeant les plus riches.
Un plan d’austérité de 43,8 milliards d’euros
Le plan présenté le 15 juillet par François Bayrou est d’une violence sociale inédite : 43,8 milliards d’euros d’économies budgétaires, dont seulement 9,5 % proviendront d’une hausse de l’imposition des plus aisés. Autrement dit, 90,5 % de l’effort reposera sur les familles, les retraités, les chômeurs, les malades et les salariés.
Quelques exemples suffisent à mesurer l’ampleur de l’injustice :
• Gel des prestations sociales et des barèmes fiscaux : APL, RSA, pensions de retraite, impôt sur le revenu, CSG… Un coup de rabot indifférencié qui frappe d’abord les classes populaires.
• Suppression de deux jours fériés, dont le 8 mai, date de la victoire sur le nazisme. Une mesure qui revient à demander aux Français de travailler plus pour gagner autant : en clair, une baisse du salaire horaire.
• Hausse de la franchise médicale de 50 € et fin du remboursement de certains soins pour les personnes en affection de longue durée après rémission. Autrement dit : on s’attaque aux malades.
• Une “année blanche” de prestations sociales, qui coûtera 7,2 milliards d’euros aux plus fragiles.
Dans le même temps, le budget de la Défense augmente de 6,6 milliards d’euros, soit quasiment le même montant que les économies imposées aux plus précaires. Le message est clair : on serre la ceinture du peuple pour acheter des chars et des missiles.
L’alibi de la dette
Pour justifier cette cure d’austérité, François Bayrou dramatise la situation de la dette publique. Il parle de danger immédiat, de faillite imminente, de fardeau insupportable pour les générations futures. Ce discours alarmiste est un mensonge.
Quelques vérités simples :
• La charge de la dette – ce que l’État paie réellement chaque année – représente environ 2 % du PIB en 2025. C’est moins qu’en 2000, où elle atteignait 2,6 %.
• Le fameux ratio dette/PIB de 114 % n’est pas une épée de Damoclès : la dette française est remboursée en moyenne sur 11 ans, pas en une seule fois.
• Les marchés continuent de faire confiance à la France : en janvier 2025, la demande pour les bons du Trésor a atteint 130 milliards d’euros, pour seulement 10 milliards émis.
• Enfin, l’État détient plus de patrimoine qu’il n’a de dette : chaque enfant qui naît en France naît avec un actif public supérieur à 10 000 €.
Le vrai problème n’est donc pas la dette, mais l’appauvrissement volontaire de l’État depuis 2017, à coups de cadeaux fiscaux aux multinationales et aux ultra-riches. Voilà ce qui a creusé les déficits, pas l’école, pas l’hôpital, pas les services publics.
Une autre politique est possible
Avec mes collègues insoumis, nous avons démontré qu’il est possible de trouver des recettes nouvelles, sans faire payer 99,9 % de la population :
• En taxant les multinationales au prorata de leur chiffre d’affaires réellement réalisé en France, nous rapporterions 25 milliards d’euros.
• Avec une taxe de 2 % sur le patrimoine des ultra-riches, nous dégagerions 20 milliards supplémentaires.
Ces deux mesures, déjà adoptées à l’Assemblée, permettraient de récupérer 45 milliards d’euros, soit plus que ce que Bayrou entend prendre dans les poches des familles et des retraités. La différence est claire : nous faisons contribuer les privilégiés, il fait payer le peuple.
Refuser la confiance, préparer l’alternative
Le 8 septembre, chaque député aura une responsabilité immense. Ceux qui voteront la confiance se rendront complices de ce plan d’austérité. Ceux qui s’abstiendront laisseront faire. Je voterai contre.
Mais notre horizon ne peut pas se limiter à faire tomber un Premier ministre. Bayrou n’est qu’un rouage. Le vrai responsable, c’est Emmanuel Macron, qui persiste à imposer son modèle injuste et brutal.
Puisqu’il refuse de dissoudre l’Assemblée nationale, il faut aller au bout de la logique démocratique : rendre la parole au peuple. Avec mes collègues de La France insoumise, je souhaite qu’une élection anticipée du chef de l’État soit organisée. C’est la seule manière de sortir par le haut de cette crise politique.
Rendez-vous le 10 septembre
La chute du gouvernement Bayrou serait une première victoire. Mais elle doit être prolongée par une mobilisation populaire, dès le 10 septembre, pour tourner définitivement la page du macronisme et ouvrir une nouvelle séquence politique.
La France a besoin d’un gouvernement qui protège et partage, pas d’un exécutif qui maltraite son peuple. Elle a besoin d’un cap social, écologique et démocratique. Et ce cap, c’est au peuple de le définir, par les urnes.
Voilà pourquoi je ne voterai pas la confiance le 8 septembre.
Voilà pourquoi je souhaite que nous retournions vite aux urnes.
Voilà pourquoi je continuerai, avec mes collègues insoumis, à défendre un programme de justice sociale et de transition écologique.