La niche parlementaire du groupe Droite Républicaine, examinée le 22 janvier, s’inscrit pleinement dans une logique d’extrême droite. Sous couvert d’ordre, de sécurité ou de prétendu “bon sens”, les propositions de loi présentées attaquent frontalement les principes fondamentaux de notre République sociale et démocratique. Derrière la diversité apparente des textes, un même fil rouge se dessine : la remise en cause des droits fondamentaux, la stigmatisation de minorités et l’affaiblissement délibéré de l’État de droit. Plus inquiétant encore, plusieurs de ces textes trouvent un écho favorable du côté des macronistes, illustrant un glissement assumé de l’ensemble de la droite vers les thèses et les obsessions de l’extrême droite.
Une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre : un permis de tuer incompatible avec l’état de droit.
En proposant d’instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, la droite franchit une ligne rouge démocratique. Le droit actuel permet déjà aux policier·ères et aux gendarmes de faire usage de la force, y compris létale, lorsque les conditions strictes de la légitime défense sont réunies. Créer une présomption spécifique reviendrait à placer certaines personnes au-dessus du droit commun, en inversant la charge de la preuve et en affaiblissant gravement le contrôle judiciaire, alors même que le taux d’élucidation des affaires de violences policières a baissé de 25% entre 2016 et 2024.
La police française est déjà l’une des plus meurtrières d’Europe en matière de refus d’obtempérer, avec 13 tués en 2022. En comparaison, en Allemagne ce sont 10 morts en 10 ans, dont 1 seule mort par balle en dix ans pour refus d’obtempérer. Cette proposition de loi constitue un permis de tuer, avec l’assurance pour les policier·eres de pouvoir invoquer systématiquement la légitime défense et donc de ne pas être condamnés.
Par ailleurs, cette présomption nourrirait un sentiment d’impunité déjà largement dénoncé. L’histoire de Nahel, un enfant tué par un policier lors d’un refus d’obtempérer en juin 2023, a profondément marqué le pays et mis en lumière les dérives possibles de l’usage des armes par les forces de l’ordre. Plutôt que d’en tirer les leçons, cette proposition de loi fait exactement l’inverse : elle banalise les tirs, encourage une escalade de la violence et rend encore plus difficile la recherche de la vérité et de la justice pour les victimes et leurs familles.
L’égalité devant la loi ne se négocie pas : affaiblir l’État de droit au nom de l’ordre, c’est mettre en danger la démocratie, fondement de notre République.
Travailler le 1er mai : une attaque symbolique et sociale
Ce texte vise à permettre à davantage de salarié·es de travailler le 1er mai. Ce jour n’est pas un simple jour férié parmi d’autres : il est le symbole des luttes sociales et du droit du travail. Derrière l’argument de la « liberté de travailler » se cache en réalité une nouvelle pression sur les salarié·es, en particulier les plus précaires, qui n’auraient d’autre choix que d’accepter. C’est une remise en cause claire d’un acquis social majeur. Les travailleurs et les travailleuses sont contre, et les syndicats sont rassemblés devant l’assemblée nationale en protestation contre cette proposition de loi. Je les soutiens.
Interdire le voilement des mineures : une loi de stigmatisation
La proposition visant à interdire le « voilement des mineures dans l’espace public » s’inscrit dans une longue série de textes ciblant spécifiquement les personnes musulmanes. Sous couvert de protection de l’enfance, elle institue une police du vêtement et du corps, sans répondre à aucune réalité démontrée. L’interdiction du voile pour les mineures vise en réalité les filles et les jeunes femmes, en faisant de leur corps et de leurs choix vestimentaires un enjeu de contrôle politique. Cette mesure serait non seulement inefficace, mais profondément discriminatoire, en exposant des enfants à des contrôles arbitraires et en alimentant un climat de suspicion permanente. Elle va aussi à l’encontre de la loi de 1905, qui impose à la République de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire.
Exclure les personnes sans-papiers de l’hébergement d’urgence : une faute morale
La droite propose également d’interdire le maintien dans l’hébergement d’urgence des personnes en situation irrégulière. Cette mesure heurte de plein fouet le principe d’inconditionnalité de l’accueil d’urgence, fondé sur la dignité humaine, et sur la fraternité, valeur constitutionnelle de la République. Elle reviendrait à laisser des femmes, des hommes et des enfants à la rue, au mépris de toute considération humanitaire et sanitaire. La Fondation pour le Logement des Défavorisés recense déjà 15 millions de personnes dans le « halo » du mal-logement et 350 000 personnes sans domicile. La crise du logement concerne donc plus d’un sixième de la population. Au lieu de lutter contre le mal logement, ce texte vise à l’accentuer, alors même que 912 personnes sont mortes de la rue en 2024, dont une vingtaine d'enfants de moins de 4 ans. Les député·es qui voteront ce texte se rendront coupables de ces tragédies. La précarité ne se combat pas par l’exclusion, mais par des politiques d’accueil et de solidarité. En laissant des familles à la rue, ce texte trahit l’idée même de la République, qui ne peut exclure celles et ceux qui ont besoin de protection.
Restreindre le droit de grève dans les transports : un droit constitutionnel fragilisé
Enfin, la proposition visant à « concilier la continuité du service public des transports avec l’exercice du droit de grève » poursuit une logique bien connue : affaiblir un droit constitutionnel en le présentant comme un problème. Le droit de grève n’est pas un privilège, c’est un outil de défense collective des travailleurs et des travailleuses. Une grève qui ne bloque rien, ne coûte rien et ne dérange personne cesse d’être un rapport de force : elle devient un simple signal, inoffensif pour le pouvoir. Les dispositifs existants permettent déjà d’organiser le service public ; aller plus loin reviendrait à restreindre encore la capacité des salarié·es à faire entendre leurs revendications.
Une vision autoritaire de la société
Ces textes dessinent une même vision : moins de droits pour les salarié·es, moins de protections pour les plus vulnérables, moins de libertés publiques et toujours plus de stigmatisation. Face à cette offensive idéologique, nous continuerons de défendre une République fondée sur l’égalité devant la loi, la justice sociale, la solidarité avec nos frères et soeurs en humanité, et le respect des libertés fondamentales.
