Mesdames, Messieurs,
Chères amies, chers amis,
Chers camarades,
Chaque année, ce banquet républicain est un moment à part.
Un moment où l’on ne se contente pas d’énoncer des vœux convenus, mais où l’on regarde le chemin parcouru, les combats menés, les fidélités tenues.
L’an dernier, nous recevions une voix venue de la Méditerranée et des Nations unies, pour rappeler que notre bassin de vie est relié au monde, que la paix, l’eau, la dignité humaine sont des combats universels.
Cette année, c’est une autre histoire que nous honorons. Une histoire longue. Une histoire française. Toujours méditerranéenne d’une certaine manière, mais surtout une histoire de constance et de persévérance.
Car 2026 n’est pas une année comme les autres pour moi.
Il y a quarante ans, j’entrais pour la première fois dans la permanence parlementaire d’un sénateur.
J’étais jeune. J’étais en colère. Et je venais dire une chose simple : la jeunesse refusait la sélection à l’université et la marchandisation des savoirs.
Ce sénateur, c’était Jean-Luc Mélenchon.
Quarante ans ont passé.
Quarante années de combats partagés, de défaites parfois, de victoires aussi, mais surtout d’une fidélité jamais rompue :
la fidélité à l’égalité,
la fidélité à l’éducation comme bien commun,
la fidélité à l’idée que la République n’est pas un marché, mais une promesse émancipatrice.
Alors ! le monde aujourd’hui ?
la sélection revient, la ségrégation est là
les savoirs sont de plus en plus marchandisés,
l’université est sommée de se plier aux logiques de rentabilité.
Et pire encore la planète brûle … honte à ma génération d’avoir fait trop peu alors qu’il y a 40 ans les scientifiques allertaient déjà.
Pourtant nous pensions faire beaucoup ( retour de la nature en ville, infiltration de l’eau, lombrics compostage, tri sélectif, toilettes sèches, Zéro phyto dans l’espace public, écopaturage en ville, soutien aux coopératives citoyennes d’énergie renouvelable et nous étions dans les années 90.)
Il est vrai que tout le monde ne le faisait pas, voire ne le fait toujours pas.
Du coup, nous devons maintenant nous organiser vite pour vivre en harmonie avec le vivant au risque pour l’humanité de ne plus être là du tout pour parler du reste.
Le reste quant à lui ne peut être négligé tant les conditions d’existence sont dégradées ! Conditions de vie ! Je devrais dire de survie. Quand on sait qu’Ici dans notre bassin de vie urbain, ce sont 315 enfants à la rue, et une personne sur six sous le seuil de pauvreté.
Cette réalité est toujours là pour 2026. Et ce n'est pas étonnant .
L’année écoulée a été rude.
Rude socialement.
Rude budgétairement.
Rude démocratiquement.
Les budgets votés ces derniers mois ont confirmé une orientation désormais assumée :
faire payer aux classes populaires, aux retraités, aux malades, aux collectivités locales, le coût de choix politiques favorables aux très très riches.
Des services publics affaiblis.
Une Sécurité sociale rabotée.
Des communes asphyxiées financièrement.
Des associations qui ne tiennent plus
Des retraités en difficultés
Des commerçants et entrepreneurs en danger,
Des salariés de plus en plus précarisés,
Des paysans en voie de disparition avec le libre échange généralisé
10 millions de pauvres dans la 7e économie du monde
bref,
Une France en urgence humanitaire.
Face à cela, j’ai tenu une ligne simple : ne jamais m’habituer à l’inacceptable.
Être député, pour moi, n’est pas un titre, c’est énormément de présence à l’assemblée, d’auditions et de missions.
C’est aussi une méthode.
C’est une exigence.
Ces quinze derniers mois, j’ai tenu 24 rencontres de quartiers à Villeurbanne.
24.
Je le dis sans esprit de comparaison, mais avec une conviction tranquille: je ne crois pas qu’un autre élu de ce bassin de vie en ait fait autant.
Ah j’exagère un autre représentant du peuple a forcément égalé, à sa façon cette performance, il est reconnu et respecté pour ça, je veux citer mon ami et camarade Mathieu Garabedian
quand d’autres contrairement à lui, trop souvent se terrent dans leur « tour d’ivoire » exercent leur mandat aux heures de bureaux pour être certain de voir le moins de villeurbannais possible.
Vous en voyez beaucoup sans filtre ? Sur le pas de votre porte à part des insoumis ?
Ces rencontres ne sont pas des opérations de communication.
Ce sont des moments d’écoute brute, crue pour nourrir le combat pour l’émancipation et le partage des richesses à partir de vos réalités de vie.
À partir des lieux où s’expriment les difficultés, les colères, mais aussi les propositions.
Car la République ne se décrète pas
Elle est une promesse de pouvoir faire mieux.
Moi je n'oublie pas que vous m'avez demandé de vous représenter à l'Assemblée nationale pour m’opposer à la politique de Monsieur Macron,
pour augmenter les salaires et les pensions, améliorer le carnet de commande des artisans et des PMI PME,
abroger la réforme des retraites pour revenir à 62 ans puis à 60 ans, bloquer les prix et les loyers à la baisse,
faire en sorte qu’il n’y aie plus un minima social en dessous du seuil de pauvreté et une AAH en dessous du SMIC,
enfin une allocation autonomie pour la jeunesse pour que nos enfants devenant adulte mangent à leur fin et aient un toit sur la tête.
Alors chaque fois que ce mandat ne peut être respecté je censure le gouvernement. Comme nous venons de le faire aujourd’hui, en déposant avec ma Présidente de groupe Mathilde Panot une motion de censure.
Je ne lâcherai rien de ce mandat populaire. Je ne changerai rien de ces ambitions. Je me battrai en Villeurbannais qui ne renie rien de ce que ici nos ancêtres du mouvement ouvrier nous ont transmis.
Parce que la République se construit avec les quartiers, avec les syndicats, avec les associations, avec des solidarités concrètes.
Cette année a aussi rappelé combien la mémoire est un combat politique.
Quand la plaque des Justes de Villeurbanne a été profanée, ce n’était pas un simple fait divers.
C’était une attaque contre ce que notre histoire a produit de plus courageux :
des femmes et des hommes discrets et ordinaires qui, face à la barbarie, ont choisi l’humanité.
Restaurer cette plaque, la défendre, c’était dire une chose claire :
nous ne laisserons jamais la haine effacer la mémoire républicaine.
À l’Assemblée nationale, j’ai refusé le rôle de figurant auquel le gouvernement voudrait assigner les parlementaires.
J’ai interpellé le gouvernement.
J’ai porté des propositions.
Et parfois, nous avons gagné.
La reconnaissance du droit à l’eau et à l’assainissement de qualité comme droit fondamental à porter au niveau européen est une avancée majeure. Une adoption définitive a été acquise le 17 décembre dernier.
Affirmer que l’eau est un commun du vivant, dans un monde de pénuries et de pollutions, c’est faire œuvre de civilisation.
Lors de notre niche parlementaire insoumise, nous avons aussi montré qu’il est possible de fissurer l’ordre établi :
Nous avons été les premiers à faire adopter une résolution pour dire non au Mercosur . Non à la destruction de l’agriculture paysanne.
Il y a mieux à faire pour protéger notre souveraineté alimentaire et développer une agriculture qui nourrisse bien et sans empoisonner.
Pourtant, aujourd’hui même le Conseil de l’Union européenne a voté cet accord, avec la complicité hypocrite du gouvernement français.
Un enième coup de force démocratique, alors que les agriculteurs, les Français et le Parlement s’y opposent.
Toujours lors de cette unique journée où mon groupe maîtrise l’ordre du jour, nous avons porté haut la défense des services publics, avec le vote d’une Proposition de Loi en faveur de l’égalité dans l’accès aux services postaux pour nos concitoyennes et concitoyens d’outre-mer.
Nous avons aussi remporté une importante victoire pour la protection des emplois industriels stratégiques avec la nationalisation d’Arcelor Mittal.
Comment organiser la planification indispensable pour vivre avec le dérèglement climatique si nous ne sommes plus souverains pour produire de l’acier ?
Oui, même minoritaires, on peut faire tout ça quand on est déterminés, on peut imposer des débats et parfois des victoires et ceci en une journée !
Imaginez alors si nous étions majoritaires le nombre de problèmes de tous les jours qui seraient réglés pour le pouvoir d’achat , pour permettre à chacune et chacun d’avoir un toit, de manger à sa faim , de pouvoir partir à la retraite s’il le souhaite à 60 ans avec une retraite digne de ce nom.
Bref j’ai hâte de pouvoir faire tout ça . Patience ça vient, je parle de 2027. Je sais, en 2026 ce sont les municipales et les métropolitaines les 15 et 22 mars.
Et je ne dois pas en parler dans cette cérémonie. Ah si j’ai le droit de vous dire de vérifier votre bonne inscription sur les listes électorales.
Puis que je viens d’apprendre que 8000 personnes ont été radiées des listes à Villeurbanne.
Bon bon il y a surement de bonnes raisons mais je vous invite à tout vérifier surtout si vous avez déménagé dans Villeurbanne sans refaire votre nouvelle inscription.
2026 Tout de même c’est le Rendez-vous pour les communes
Je vous ai dit et ne pensez pas que j’exagère c’est grave :
nos communes sont en danger.
On leur confie toujours plus de responsabilités,
et on leur retire toujours plus de moyens.
Or il n’y a pas de démocratie locale sans moyens financiers réels.
Derrière chaque dotation supprimée, ce sont des services publics de proximité qui disparaissent, et une République qui recule.
2026 est l’occasion d’organiser la résistance et pour ça il faut du caractère, des têtes durs qui ne baissent pas les yeux qui ont clairement ancré en eux que l’on gouverne selon les besoins.
Il ne sert à rien de gérer des villes avec comme unique boussole des indicateurs financiers, si à côté la misère, la précarité et la peur du lendemain ont envahi la cité.
Le samu social a rencontré un homme qui tantôt est hébergé chez sa sœur, tantôt dort dans des cages d’escalier. Lorsqu’en discutant avec le Samu il croise son fils, qui ne sait rien de sa situation, il a honte. Comme si c’était à lui d’avoir honte !
Ces conditions d’existence mènent parfois au pire. Deux jours avant la nouvelle année, un homme, connu du Samu social est mort dans la rue. Tout comme un homme de 50 ans, aussi, et une jeune femme de 20 ans, qui était accompagnée par le samu social depuis ses 15 ans.
A quoi bon jouer les bons gestionnaires financiers, si la misère est présente dans les bassins de vie , et qu’elle ronge le quotidien des habitantes et des habitants ?
ça n’est pas ça bien gérer une collectivité.
Je sais que vous saurez faire le tri librement entre les candidats. Juste une consigne : lisez tous les programmes .
Je dis bien tous les programmes .
Enfin de celles et ceux qui en ont un .
Enfin, je veux redire ici notre position sur la Palestine.
Une position constante à laquelle nous sommes restés fidèles et à laquelle nous resterons fidèles.
Une position fidèle au droit international.
Condamner tous les crimes contre les civils.
Exiger un cessez-le-feu.
Refuser le double standard, le 2 poids 2 mesures. Pour l’Ukraine, pour la Palestine et pour le Venezuela .
Ce combat n’est pas périphérique.
Il dit ce que nous sommes, et ce que nous refusons de devenir.
Cl :
Alors oui, l’année qui vient sera décisive.
Décisive pour nos communes.
Décisive pour nos services publics.
Décisive pour notre démocratie.
Décisive pour la Paix.
Mais si une chose nous rassemble ce soir, ici, c’est cette certitude forgée par le temps long :
les combats justes ne vieillissent pas.
Celui de l’éducation comme émancipation et non comme marché.
Celui des services publics comme piliers de l’égalité réelle.
Celui des communs, de l’eau à la connaissance.
Celui de la paix et du droit international.
Ces combats ne passent pas.
Ils se transmettent.
Ils s’approfondissent.
Ils s’assument.
Il y a quarante ans, en entrant dans la permanence de Jean-Luc Mélenchon pour dire que la jeunesse refusait la sélection et la marchandisation des savoirs, je n’imaginais pas la longueur du chemin.
Mais je savais déjà une chose : le peuple n’est jamais un figurant de l’histoire quand il décide d’y entrer.
Et c’est pourquoi je veux conclure par tes mots Jean-Luc, écrits il y a plus de dix ans, mais d’une brûlante actualité :
« Le peuple n’est pas un décor de la politique. Il en est le sujet. »
Jean-Luc Mélenchon, L’Ère du peuple, 2014
C’est cette conviction qui nous a guidés hier.
C’est elle qui nous rassemble ce soir.
Et c’est avec elle que nous continuerons en 2026 ensemble, à faire vivre la République.
Je vous souhaite à toutes et à tous une année de fidélité, de courage et de combats utiles.
Vive la France et que vive la République.
(Et j’invite Jean-Luc Mélenchon à me rejoindre à cette tribune.)
Discours de Gabriel Amard
Député du Rhône à Villeurbanne prononcé le 9 janvier 2026
