Grève du 11 juin dans les agences de l’eau et l’OFB
Vite une planification écologique !
Encore une nouvelle offensive de la part du gouvernement sur les agences environnementales : c’est aujourd’hui le cadre statutaire des agents en “quasi-statuts” qui sont attaqués et dont la disparition est prévue pour le 1er janvier 2028. Ce changement n’est pas anodin et le gouvernement n’en est pas à son ballon d’essai en la matière. A chaque fois que des statuts protecteurs des agents ont été démantelés ou supprimés, les résultats sont toujours les mêmes : précarité accrue pour les agents, désorganisation durable et perte de technicité dans les services, affaiblissement des missions des agences.
Organisées autour des grands bassins hydrographiques, les agences de l’eau constituent le cœur du dispositif national de gestion du cycle de l’eau. Elles ont pour mission d’aider les collectivités, les associations et les acteurs économiques dans leurs initiatives pour agir sur la santé, le cadre de vie, la préservation de la ressource en eau et la biodiversité. C’est elles, aussi, qui planifient la mise en œuvre des politiques de l’eau à travers les Schémas Directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) qui sont construits par les comités de bassin, souvent appelés “parlements de l’eau”.
Des missions essentielles quand on sait à quel point les défis face à la gestion de l’eau en France sont importants. Des outils indispensables à la planification écologique que nous appelons de nos vœux avec Jean-Luc Mélenchon.
Le dérèglement climatique va changer notre rapport à l’eau dans les prochaines décennies et dont on commence déjà à voir les effets : les sécheresses se font plus longues et plus intenses, les étiages s'aggravent, tandis que les épisodes de crues demeurent violents. Le bassin méditerranéen, le sud-ouest ou certaines zones de montagne vivent déjà sous contrainte hydrique structurelle. Les conflits d’usage, entre eau potable, irrigation agricole, industrie ou encore production électrique, vont être de plus en plus en tension, d’autant plus en période de sécheresse.
La qualité de l’eau est aussi en cause dans de nombreux bassins de vie. Les pesticides, les nitrates agricoles, le cadmium, l’arsenic ou encore les PFAS, polluants “éternels”, contaminent les nappes phréatiques et les cours d'eau. En 2024, selon les données du ministère de la Santé, plus de 19 millions de Français ont été alimentés au moins une fois par une eau ne respectant pas les normes réglementaires vis-à-vis des pesticides et de leurs molécules dégradées : un chiffre en hausse constante, notamment du fait des découvertes de nouvelles substances polluantes. Pour autant le principe pollueurs-payeurs peinant à s’appliquer, les agences manquent de moyens pour financer la captation et la destruction des molécules, et font de fait payer les politiques de protection par les usagers domestiques alors même qu’ils ne sont pas les principaux pollueurs de l’eau.
La question des infrastructures est également préoccupante. D’après l’OFB, le réseau de distribution d'eau potable français perd en moyenne 25 % de l'eau transportée à cause des fuites : un chiffre qui dépasse 50 % dans certaines communes. Le renouvellement de ces canalisations vieillissantes exige des investissements massifs que les usagers des petites collectivités n'ont pas toujours les moyens d'assumer seuls.
Face à l’ampleur de ces défis, la réponse du gouvernement n’est pas à la hauteur. Et à travers cette énième tentative de déstructuration des Organismes Français pour la Biodiversité et des Agences de l’eau, il montre son désengagement dans la défense de l’environnement et de l’eau.
L'improvisation ne suffit plus. Une politique de l’eau ambitieuse, cohérente et de long terme, ne pourra se mener que si elle est portée au plus haut de l’Etat. A travers notre mission d’information sur l’eau (Rapport d'information en conclusion des travaux d’une mission d’information sur les conséquences pour les collectivités territoriales de la transposition et de la mise en œuvre de la directive européenne du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (M. Gabriel Amard et M. Jean-Michel Brard), n° 2687 - 17e législature - Assemblée nationale), avec Jean Michel Brard, nous avons recommandé la création d’un Haut-Commissariat placé sous l’autorité du Premier Ministre, épaulé par un Comité national de l’eau aux compétences élargies pour y répondre. Des institutions fortes pour réaffirmer l’eau comme un commun du vivant qui doit être soustrait à la logique de court terme et dont son accès est un droit humain fondamental.
Cela exige une planification importante au vu des investissements et de l’ingénierie nécessaires pour répondre à la rénovation de nos réseaux, à la protection de tous les périmètres de captage ou encore au traitement et à la destruction des polluants. Une planification qui s’organise au mieux à l’échelle des bassins versants et dont les actrices premières sont les agences de l’eau.
C’est pourquoi je réaffirme l’importance des Agences de l’eau et de l’OFB, et mon soutien aux travailleuses et travailleurs en grève ce jeudi 11 juin.
