Le 27 septembre prochain, le Sénat sera renouvelé de moitié. Cette échéance peut sembler lointaine pour beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens. Elle est pourtant décisive. Car derrière l’élection des sénatrices et sénateurs se joue une question fondamentale : quelle place voulons-nous encore accorder aux communes dans notre République ?
Je n’ai jamais caché ma conviction : la Ve République est arrivée au terme de son histoire. Son hyperprésidentialisme étouffe le débat démocratique, éloigne les citoyennes et les citoyens des décisions qui les concernent et concentre toujours davantage les pouvoirs entre quelques mains. Je défends la convocation d’une Assemblée constituante et l’avènement d’une VIe République. Dans ce nouveau cadre institutionnel, le bicamérisme devra être profondément repensé et le Sénat, sous sa forme actuelle, n’aura sans doute plus vocation à exister. Un nouveau Sénat sera indispensable à la conduite d’une planification écologique si l’on veut être à la hauteur des enjeux de notre temps dans ce contexte de dérèglement climatique.
Mais nous n’en sommes pas encore là.
Tant que cette institution existe, elle doit retrouver sa raison d’être : être la chambre qui protège les communes, la libre administration, l’autonomie financière des collectivités et les services publics de proximité. C’est cette conviction qui m’a conduit à accepter la responsabilité de conduire la liste présentée par La France insoumise dans le Rhône.
Dix années d’asphyxie des communes.
Depuis plus de dix ans, les gouvernements successifs ont fragilisé méthodiquement les collectivités locales.
Les transferts de compétences se sont multipliés sans être accompagnés des moyens correspondants. Les dépenses explosent sous l’effet de l’inflation, de la hausse des prix de l’énergie, de l’augmentation du coût des investissements et des conséquences du dérèglement climatique. Pendant ce temps, les ressources stagnent ou diminuent.
L’Association des maires de France estime à près de 71 milliards d’euros le manque à gagner cumulé de la Dotation globale de fonctionnement entre 2014 et 2024.
Cette politique n’est pas seulement une erreur budgétaire. Elle traduit une vision profondément centralisatrice de la République : les communes seraient de simples exécutantes chargées d’appliquer des décisions prises ailleurs.
Comment la droite au Sénat peut participer de cette politique faite de coupes budgétaires alors même que l’association des maires ruraux
et l’association des maires de France les dénoncent ?
Je m’engage à porter fidèlement au Sénat la voix des communes qui défendent leur autonomie financière.
La commune demeure la première brique de la démocratie républicaine. C’est là que l’on construit une école, que l’on protège une ressource en eau, que l’on entretient un chemin, que l’on accueille une personne âgée, que l’on soutient une association, que l’on organise les solidarités. C’est là que la République prend un visage humain. C’est là que peut se mettre en place le « goutte à goutte » de la planification écologique.
Ayant exercé des responsabilités municipales pendant de nombreuses années, je connais les arbitrages quotidiens auxquels sont confrontés les maires. Je connais aussi leur inventivité lorsque l’État cesse de jouer son rôle.
Défendre les communes, c’est défendre les services publics
À l’Assemblée nationale, je me suis constamment opposé aux coupes budgétaires qui frappent les collectivités.
J’ai défendu les agences de l’eau lorsqu’elles étaient ponctionnées par l’État alors même que les sécheresses s’aggravent. J’ai porté le droit à une eau potable de qualité pour toutes et tous. J’ai combattu les pollutions aux PFAS qui contaminent durablement les milieux naturels et la santé des habitants de la vallée du Rhône. J’ai soutenu le principe selon lequel les industriels responsables doivent payer les coûts de dépollution, conformément au principe du pollueur-payeur.
Ces combats ne concernent pas seulement l’environnement. Ils concernent les finances des communes. Lorsqu’un captage est pollué, lorsqu’un réseau d’eau doit être modernisé, lorsqu’une école doit être adaptée aux canicules, ce sont souvent les budgets municipaux qui supportent les conséquences de décisions prises ailleurs.
Voilà pourquoi la défense des collectivités passe désormais aussi par la défense du vivant.
Les communes au cœur de la planification écologique
Le dérèglement climatique bouleverse déjà nos conditions de vie.
Canicules, sécheresses, inondations, recul de la biodiversité, pollution des eaux : ces réalités s’imposent désormais aux élus locaux.
Il devient indispensable d’organiser autrement l’action publique.
C’est le sens de la proposition de Jean-Luc Mélenchon de créer des éco-régions organisées à l’échelle des bassins versants de rivières.
Je soutiens cette proposition.
L’eau ne connaît pas les limites administratives. Les animaux et les végétaux encore moins. Nos politiques publiques doivent retrouver la géographie du vivant.
Il en va de l’existence même des humains et des animaux.
Ces éco-régions auraient pour mission de réparer les maltraitances écologiques et sanitaires, de coordonner les investissements, d’assurer une souveraineté alimentaire de qualité, de protéger la biodiversité, d’accompagner les communes et de préparer les adaptations rendues indispensables par le changement climatique.
Il ne s’agit pas de retirer des compétences aux communes mais, au contraire, de leur donner les moyens scientifiques, techniques et financiers d’agir.
Produire sans détruire
Les débats parlementaires récents sur la loi dite d’urgence agricole ont montré combien certains restent enfermés dans une logique productiviste.
Avec notre groupe parlementaire, nous avons refusé qu’au nom de l’urgence économique soient remises en cause les protections de la santé humaine, de la biodiversité ou de la qualité de l’eau.
Les agriculteurs n’ont pas besoin qu’on les oppose à l’écologie.
Ils ont besoin de prix rémunérateurs, d’une protection contre la concurrence déloyale, d’une politique agricole qui sécurise leurs revenus et accompagne la transition agroécologique.
Ils ont besoin de représentant·es qui refusent les traités de libre-échange. Je serai de ceux-là.
De la même manière, notre industrie doit être protégée des logiques spéculatives des fonds d’investissement internationaux. Réindustrialiser la France est une nécessité, mais une industrie tournée vers l’intérêt général, la réduction des pollutions et la souveraineté de la France.
Une autre République est possible
La crise démocratique que traverse notre pays ne pourra être résolue par quelques ajustements institutionnels.
Elle exige une refondation.
Nous voulons une VIe République où les citoyennes et les citoyens retrouveront pleinement la maîtrise de leur destin collectif.
Cela passe notamment par l’instauration du référendum d’initiative citoyenne, par le renforcement du Parlement, par une véritable décentralisation respectueuse de la libre administration des communes et par une démocratie plus concrète.
La République ne peut plus être organisée contre les élus locaux.
Elle doit être reconstruite avec eux.
Une candidature de continuité
Cette candidature au Sénat ne constitue pas une parenthèse dans mon engagement.
Elle s’inscrit dans le prolongement de tout ce que j’ai défendu comme maire, comme président d’intercommunalité, comme militant de la gestion publique de l’eau et comme député.
Avec notre liste, nous porterons une voix exigeante, fidèle aux engagements du Nouveau Front populaire : défense des communes, renforcement des services publics, bifurcation écologique, droit à l’eau, justice sociale, souveraineté industrielle et alimentaire, protection de la santé publique, paix et respect du droit international.
Nous voulons un Sénat qui protège celles et ceux qui font vivre la République au quotidien.
Car la démocratie ne commence pas dans les palais nationaux.
Elle commence dans chaque commune de France.
Il nous appartient désormais de bâtir les institutions dont notre temps a besoin : des institutions qui redonnent toute leur place aux communes, protègent le vivant et rendent enfin le pouvoir au peuple.
